AVENUE ROYALE
Casablanca 2021-2025
ANNE MOCAËR
Une artère d'un kilomètre et demi de long, large et droite, bordée d'immeubles imposants, traversant la ville pour la relier à la mer. Un symbole d'élan urbain, de projection vers l'avenir. Le projet de l'avenue royale, à Casablanca, se veut devenir un symbole de la modernité de la ville.
Depuis plus de trois décennies, l'Avenue Royale de Casablanca existe dans les plans.
Sur le terrain, elle se matérialise sutout par un territoire en suspens, habité par des familles prises dans l'étau d'un temps qui ne passe plus normalement. Une temporalité particulière, celle de l'attente et de l'incertitude.
Car pour que l'avenue royale existe, il faut détruire. Détruire une partie de la médina extra-muros, déclarée d'utilité publique. Plus de 1 730 logements jugés insalubres et menaçant ruine, 11 500 ménages promis au relogement selon le recensement de 1989. Mais le projet s'est enlisé dans la multiplicité des acteurs impliqués et la complexité du dossier. Les multiples étapes administratives, les différentes phases de développement et les désaccords entre les résidents et les institutions responsables ont façonné le déroulement de ce projet au fil des années.
Et pendant ce temps, les gens vivent entre. Entre passé et avenir. Entre murs debout et murs effondrés. Entre la crainte d'être expulsés et l'espoir d'un vrai toit. Entre un quartier qu'on ne peut plus habiter et un autre où l'on ne veut pas aller.
Les nouveaux logements sont à 12 ou 15 kilomètres, dans des quartiers nouvellement construits. Loin. Loin du port, du centre, des petits boulots, des voisins. Loin de l'économie informelle et du réseau d'entraide qui leur permettait de vivre.
Entre 2021 et 2025, j'ai photographié ce « entre ». J'ai rencontré Achraf, Youssef, Hicham, Yaya, Amine, Hassan, Nawal, Amina. Ils vivent dans ce flottement. Certains travaillent au port, dealent « parce que voler, c'est haram », d'autres essaient de faire la traversée vers l'Europe armés seulement de leurs rêves et espoirs. Tous sont là, pris entre deux mondes, deux vies, deux lendemains incertains.
Cette série documentaire interroge ce que signifie vivre dans l'« entre » : entre destruction et reconstruction, entre espoir et résignation, entre un passé qu'on détruit et un avenir qui tarde à advenir. Chaque image témoigne de cette réalité suspendue où 11 500 ménages évoluent dans un décor urbain en mutation permanente.
Ces photographies constituent un témoignage urgent sur un Casablanca en transformation. Elles saisissent un moment historique où la métropole économique du Maroc redessine son visage, au prix de bouleversements humains considérables.
Cette documentation photographique met en lumière le décalage entre les ambitions politiques et leur traduction concrète. L'Avenue Royale, pensée comme symbole d'élan urbain et de projection vers l'avenir, génère paradoxalement une situation de régression sociale pour ses habitants actuels.
C'est une invitation à réfléchir sur la manière dont nous construisons et habitons nos espaces, sur la tension entre le patrimoine et le développement moderne, sur l'impact des projets d'urbanisation sur des populations et leurs modes de vie.
En 2025, le projet devrait aboutir et face aux transformations urbaines accélérées, il devient essentiel de documenter ces moments de bascule, ces entre-temps où se joue l'avenir des villes et de leurs habitants. Ces photographies veulent contribuer à cette mémoire visuelle, en donnant à voir ce que les plans d'urbanisme ne montrent jamais : la vie qui résiste dans les interstices du changement.
Impacts du projet Avenue Royale
Le projet de l'Avenue Royale à Casablanca, bien que visant la modernité, a engendré des conséquences profondes, particulièrement pour les habitants de la médina extra-muros, dont la vie a été bouleversée.
Impact Social
Des milliers de ménages ont été déplacés de leurs foyers, perdant leurs liens de voisinage et le tissu social établi depuis des générations. Les nouveaux quartiers, souvent éloignés, ne reproduisent pas la solidarité et l'entraide de leur ancien environnement.
Impact Économique
L'éloignement du centre-ville, du port et des réseaux informels a privé de nombreux habitants de leurs sources de revenus. L'économie souterraine, vitale pour leur survie, est devenue inaccessible, menaçant leur subsistance et leur avenir.
Impact Urbain et Culturel
La destruction de ce patrimoine historique, au nom de l'urbanisation moderne, soulève des questions sur l'équilibre entre développement et préservation. La ville se transforme, mais à quel prix pour son identité et son histoire?
Ces transformations témoignent d'un monde suspendu, où une population s'adapte, résiste, et parfois cède face aux mutations urbaines qui dessinent le destin de Casablanca en tant que métropole influente.
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